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13 février 2019

Inspiration : Guy Martial Ngowa Nzali

Écrit par

Joanie Lacroix

Fondatrice

EN BREF
Origine, pays natal : Cameroun
Occupation : étudiant en ingénierie
Passion, intérêts : écrire de la poésie, l’informatique et la spiritualité

 

Comment te décrirais-tu?

Je suis une personne qui rêve de révolutionner le monde de l’handicap, en offrant à chaque enfant ayant une déficience intellectuelle, la possibilité de mieux s’adapter dans notre monde, afin d’arriver à une certaine autonomie sociale et financière. Je rêve d’une société qui valorise la valeur de chaque individu et leur harmonie physique, sociale et spirituelle. Je désire bâtir ce que je n’ai pas connu. Je suis moi-même né avec une infirmité motrice cérébrale et c’est ce parcours atypique  qui vient avec un grand lot de défis, qui forge la personne que je suis devenu.

Parle-moi un peu plus de ton histoire…

Je suis né en 1990 au Cameroun, et mes parents ont dû faire assez rapidement le deuil de l’enfant idéal. Je suis né avec une paralysie cérébrale qui affecte ma motricité et mon langage. À la naissance, j’avais les mains fermées et contractées. À 6 mois, je n’étais pas encore capable de me tenir en position assise. À 1 an, je ne parlais pas, et j’étais loin de me tenir debout. Commence alors la longue marche vers les thérapeutes : kinésithérapeute, orthophoniste, psychologue, éducateur spécialisé et j’en passe. À 4 ans, comme tous les enfants de mon âge, mes parents m’inscrivent en maternelle : début de la stigmatisation, de la frustration et du rejet par mon entourage. Un matin, lorsque mon père voulait me déposer à l’école, je refusai de sortir de la voiture. Personne ne pu me décrocher de mon siège. Je n’étais pas heureux. Les enseignants n’étaient pas formés pour les enfants comme moi. Tout était fastidieux. Ma mère veillait à ce que je reprenne tout ce que nous avions fait à l’école tous les jours à la maison. Elle était mon auxiliaire de vie scolaire. Ma motricité fine était pitoyable et le regards des autres sur moi me blessait énormément.

Mes parents ont dû transgresser les moeurs et coutumes de mon pays, pour veiller sur mon éducation. On m’a changé d’école plusieurs fois. À cause de ma lenteur, mes problèmes de motricité et de langage, je fus inscrit dans un centre spécialisé. Là, je ne fis qu’une année, je demandai à ma mère de ne pas y retourner, car je voulais écrire, apprendre et faire comme les autres enfants autour de moi. Ça me blessait d’être isolé et de constamment me faire rappeler que j’étais différent et que ce n’était pas à mon avantage.

Ma mère me ramena alors à l’école «traditionnelle» après une évaluation psychopédagogique avec le directeur de l’école. Et après trois années de pédagogie centrée sur moi à savoir la motivation donnée aux cours, la valorisation de toutes mes réussites quelles qu’elles soient et de la confiance en me présentant mes réussites futures à court et à long terme, j’ai obtenu en 2004 mon premier diplôme (le Certificat Élémentaire Primaire). C’était l’euphorie!

La même semaine, j’ai fait une rencontre qui fût un moment marquant pour moi. J’ai croisé un ancien ami du centre spécialisé pour handicapé, et je lui partageais ce que je faisais dans mes études et je lui demandais ce que lui faisait maintenant. Il me fit un signe de la main qu’il ne comprenait rien. Je pris alors un morceau de cailloux au sol et j’écrivis mon nom. Je lui demandai d’écrire le sien, et il n’était pas capable. La différence de nos parcours était énorme. À partir de ce moment là, c’était clair. Je voulais aider les autres enfants qui vivent avec un handicap comme moi, à ce qu’il puisse être inclus et valorisé à travers leur éducation, et que leur différence ne fasse pas en sorte de les mettre à l’écart.

Notre message est le suivant : « ce sont nos différences qui contribuent à enrichir l’humanité. »

En t’écoutant, je comprends que de vous «isoler» n’est pas la meilleure solution…

Non, car chacun d’entres-nous avons quelque chose à apporter au monde. Par ailleurs, le message qu’on nous envoie dès notre entrée à l’école, est que notre différence n’est pas valorisée et qu’on ne pourra apporter de valeur à la société. Ce message se poursuit même sur le marché du travail, car étant donné qu’on n’entre pas dans le moule, qu’on ne sera jamais aussi performant qu’un autre au travail (on n’est pas aussi rentable comme le temps c’est de l’argent en entreprise), et bien nous sommes ainsi indirectement mis à l’écart. Par contre, à plusieurs niveaux, nous pouvons apporter de la valeur, mais nous avons un rythme différent. Un rythme que l’on doit écouter, et valoriser.

Je me suis ainsi donné pour défi à travers la Fondation Guy Martial de créer une école, où toute personne (en situation d’handicap) serait en mesure de s’épanouir, sans avoir à surpasser ses limites intellectuelles et physiques. Ce rêve est devenu réalité en 2005, année de sa création. Dans notre système, on valorise les compétences de tous et chacun. Le moindre effort fourni est encouragé selon les compétences de la personne. Nous intégrons les enfants dans les activités scolaires comme dans les activités de loisirs avec d’autres enfants dits «normaux». Notre message est le suivant : « ce sont nos différences qui contribuent à enrichir l’humanité. »

Qu’as-tu trouvé le plus difficile dans ton parcours scolaire?

Le regard des autres sur moi. J’ai vécu beaucoup de mépris, je fus sous-estimé ou  pire, on me prenait en pitié. Je préfère vous en épargner les détails.

Quelle est ta philosophie de vie?

De toujours trouver une raison de sourire, même quand tout semble mal aller. Et surtout, d’être profondément fier de qui l’on est, avec nos forces, et nos fragilités. Je crois que nous avons tous une mission sur terre et nous devons traverser nos faiblesses, nos peurs, nos contraintes, nos préjugés pour y parvenir. Pour moi, le message de Jésus et l’histoire de Forest Gump m’inspirent beaucoup. Je porte le rêve d’écrire un jour mon histoire mes hauts et mes bas, mes réussites et mes échecs, mes espoirs et mes peurs, mes amours et mes élans de colère) afin d’être une source d’inspiration de dépassement de soi et d’espoir.

Quel est le monde que tu as envie de construire?

Un monde qui valorise la différence. Qui voit le beau et le grand en chaque humain. Un monde où les personnes reconnaissent la nécessité de la présence de l’autre avec ses aptitudes jugées bonnes et/ou mauvaises. Que tu sois une personne en situation d’handicap ou pas, tu as ta place dans ce monde. Une seule vision ne saurait équilibrer le monde.

Merci Guy d’être un si beau modèle de résilience et de détermination. Vous pouvez suivre et soutenir Guy à travers sa Fondation, sa page Facebook et sa page YouTube.