L’essentiel n’est visible qu’avec le cœur : l’histoire d’Anne-Marie Casault

Origine, ville natale: Québec
Occupation professionnelle : Entrepreneure, Enseignante de formation
Passion, intérêts : Développement de l’enfant, l’art, la nature
Le livre qui a changé ta vie : Harry Potter m’a éveillée à la lecture, Lart de la simplicité m’a éveillée sur un mode de vie et une consommation simple et Lenvers de lassiette sur mon alimentation et son impact sur le monde.
Un documentaire à voir et pourquoi : Demain parce qu’il est accessible, touchant, révélateur et nous donne la conviction que chaque petit geste a un impact et donc que chacun d’entre nous avons le pouvoir de changer le monde à notre façon.
Ta citation préférée« Vous pouvez commencer à changer notre monde pour le mieux chaque jour, quelle que soit la taille de laction » Nelson Mandela

 

Depuis toute petite, mon seul grand rêve a toujours été d’être une maman. Comme c’était un rêve pour mon avenir, je devais franchir les étapes. Je suivais, avec beaucoup d’efforts, le chemin tracé en essayant de comprendre ce que la société attendait de moi, dans quel moule je devais entrer pour que les gens soient fiers de moi et me reconnaissent comme une bonne personne, ce qui me rendrait ensuite heureuse! Dans un chemin rempli d’une anxiété cachée, diagnostiqué très tard dans mon parcours, j’ai avancé. Je tremblais, mais j’avançais! C’est donc au prix de beaucoup d’énergie, de sacrifices et d’efforts que j’ai enfin atteint la fin du secondaire et que j’ai dû choisir ce que je voulais faire dans la vie.

Moi qui avais toujours eu comme seul et unique rêve d’être maman, quel sens aurait ma vie si je ne pouvais pas atteindre ce but tant espéré?

J’ai toujours été une personne qui avait à cœur le bien-être des autres. Voir les gens s’épanouir et se développer autour de moi était source de bonheur. C’est donc guidée par ces valeurs et mon amour des enfants que je suis devenue enseignante au primaire. C’est un métier qui m’a fait vibrer. J’ai adoré les liens incroyables que j’ai pu tisser avec mes grands élèves de 6e année autant que la magie qui brillait dans les yeux de mes tout-petits de première. J’adorais créer des activités d’apprentissage et leur partager le plaisir d’apprendre. Me soucier des différences de chacun était pour moi une priorité! C’est à l’été 2014 que mon conjoint et moi sommes enfin arrivés à ce moment. Le bon moment! Une stabilité d’emploi, une maison et plein d’amour. Parce que dans nos têtes c’est ainsi que c’était censé se passer. Nous décidions d’avoir un enfant et donc, dans les mois qui allaient suivre, je tomberais enceinte. Malheureusement, les mois se sont enchainés et au bout d’un an il n’y avait toujours pas de bébé en vue. C’était déjà un défi parce que l’éventualité que cela ne fonctionne pas venait de surgir dans nos vies. Moi qui avais toujours eu comme seul et unique rêve d’être maman, je ne m’étais pas imaginé que cela puisse ne pas arriver. Quel sens aurait ma vie si je ne pouvais pas atteindre ce but tant espéré?

C’est donc après un an d’essais naturels que nous avons commencé notre suivi en fertilité. J’ai alors reçu un diagnostic d’endométriose sévère. Une maladie qui compliquait l’évacuation normale du sang dans le cycle féminin, ce qui créait toutes sortes de problèmes, nuisait à ma fertilité et nécessitait une opération. Opération qui pourrait peut-être aider le processus d’insémination qui allait suivre. C’est donc après mon rétablissement de l’opération que j’ai commencé à suivre un traitement d’hormones et que mon conjoint et moi avons fait les démarches pour l’insémination. Nous avions alors droit à 6 essais. Au bout de près d’un an et 5 tentatives nous avons fait une pause. Une pause pour mon corps, une pause pour notre santé mentale. Après les quelques mois, un peu rechargés en énergie, mais tout aussi émotifs dans le processus, nous sommes revenus pour notre dernier essai. Nous avons alors appris que le programme avait été allongé et nous permettait maintenant de faire jusqu’à 9 tentatives. Heureusement pour nous! Pour notre plus grand bonheur, et aussi irréalistes que ces moments ont pu l’être, après près de 4 ans c’est à la 7e insémination je suis tombée enceinte! J’avais envie de m’enrouler dans une boule de ouate et de ne plus bouger de la grossesse pour être certaine que rien n’arrive et que ce petit être soit bien en sécurité dans ma bedaine. J’étais déjà un début de maman! Mais l’histoire était loin d’être terminée. 

J’ai vécu une grossesse en dent de scie, avec des inquiétudes majeures; une des échographies démontrant une mesure anormale au cerveau de notre petit. Nous savions donc que notre petit serait dès sa naissance, accueilli par l’équipe de neurologie pédiatrique du CHUL. Il devrait subir des tests et peut-être une opération au cerveau. À notre plus grand soulagement, lors de la naissance, tout se révéla normal dans le cerveau de notre petit tant attendu. Par contre, à une semaine de vie, nous étions encore en néonatalité en raison d’une respiration rapide que bébé n’arrivait pas à stabiliser, chose qui aurait dû se régler dans les premières heures/jours de vie. C’est alors qu’un autre diagnostic tomba; malformation cardiaque. Notre petit amour ne pourrait pas grandir et vivre avec cette malformation, on devrait l’opérer à cœur ouvert dans les premières semaines de vie. Je n’arrivais pas à y croire. Après tout ce que nous avions déjà vécu. En attendant la date de l’opération, après un séjour de 21 jours en nétonatalité, nous sommes retournés dans notre maison avec notre bébé, sans les bips bips et les néons de l’hôpital. Nous l’avons enfin déposé dans sa petite chambre qui l’attendait depuis si longtemps. Malgré les médicaments et les gavages, on trouvait enfin un peu notre rôle de nouveaux parents. On espérait que cette petite quiétude dure longtemps.

Sans aucun signe annonciateur, au jour 25, je suis allée à la toilette et j’ai commencé à me vider de mon sang. Littéralement. Par une chance incroyable, Geneviève, l’infirmière qui assurait le suivi de santé particulier de notre petit, était à la maison. Elle a compris tout de suite l’urgence de la situation et avec l’aide de mon conjoint, a appelé les secours et m’a installée sur mon lit. Elle a déposé mon bébé dans mes bras et m’a dit de m’accrocher. Je sentais son souffle dans mon cou et le sang qui continuait de couler partout sur mes jambes. Arrivée à l’hôpital, personne ne comprenait ce qui se passait. Le personnel médical improvisait. J’avais déjà perdu près de 2 litres de sang. Quand je posais des questions on me disait «On fait tout ce qu’on peut  «Si vous aviez été plus loin, vous seriez déjà morte madame». J’ai entendu l’urgentologue crier à son équipe «Ok, on arrête de paniquer et on monte!». Avant d’ouvrir les portes du bloc opératoire, on m’a fait dire au revoir à mon conjoint. L’impuissance m’envahissait. À ce moment, je ne savais pas si je serais en mesure de voir grandir notre bébé tant espéré, tant aimé déjà. C’est la dernière pensée que j’ai eue.

Cette petite fille qui venait tout juste d’atteindre son rêve avait décidé qu’il ne serait pas d’aussi courte durée!

Après de longues heures, je me suis réveillée.  Les seins bien gonflés de lait. Mon corps avait une mission à accomplir :  j’étais vivante pour prendre soin de mon enfant! Je sais que c’est grâce à cette partie de moi, ma partie intuitive et maternelle, plus forte que toutes les autres, celle qui avait toujours été là. Cette petite fille qui venait tout juste d’atteindre son rêve avait décidé qu’il ne serait pas d’aussi courte durée! Suite à un séjour aux soins intensifs, je suis retournée à la maison. Ma vie devait se continuer, j’avais un bébé qui allait se faire opérer à cœur ouvert dans les semaines à venir et je devais m’assurer qu’il prenne des forces d’ici là. L’opération a eu lieu le 15 octobre 2018. Ce matin-là, nous avons donné notre fils à une équipe médicale en ayant en tête les statistiques de réussite de cette opération… qui pouvait aussi tourner à la catastrophe. Heureusement, le Dr Frédéric Jacques et son équipe ont réussi à réparer le cœur de notre fils. Ils lui ont ainsi permis de vivre et de grandir. C’est une journée que le personnel médical appelle la «renaissance». En effet, pendant l’opération, le cœur ne fonctionne pas. Il est arrêté. Ils le réparent et si tout se déroule comme prévu, le repartent. Le 15 octobre 2018, Albert renaissait, avec un cœur réparé. Tout ça allait bien vite. Il nous est arrivé tant de choses que je ne prenais pas le temps de réfléchir. Je vivais. Je survivais. Je faisais de mon mieux. Mon conjoint et moi avons réalisé à quel point nous faisions une bonne équipe dans les épreuves. Mais ce n’était pas encore le moment d’analyser la charge émotive de tout cela.

Maintenant, plus rien ne pourrait m’empêcher d’être présente à chaque instant pour mon enfant.

C’est avec le temps. Quand la vie a commencé à reprendre son cours normal que j’ai réalisé à quel point la vie ne serait plus jamais la même. Les évènements m’avaient transformée et avaient transformé ma façon de voir les choses. Je ne pourrais pas reprendre mes activités habituelles en toute légèreté. J’avais failli mourir, mon fils aurait pu mourir. Je ne laisserais aucune minute de sa vie entre les mains de quelqu’un d’autre. Il y a un moment réel où, dans mon cœur et mon être, j’avais eu peur de ne pas pouvoir le voir grandir. Maintenant, rien ne pourrait m’empêcher d’être présente à chaque instant. À partir de maintenant, je devais suivre mon cœur, suivre mon instinct. Ce qui me fait vibrer, me fait pétiller d’émotions. C’est donc chargée de ces émotions, de cette motivation, mais d’une énorme peur que j’ai démissionnée d’un travail qui me tenait énormément à cœur, mais qui me contenait dans un cadre trop rigide. Un cadre lourd et difficile, même si ce qu’il servait était précieux. Cette mission, je la garde en moi. Elle anime mes choix quotidiens.

J’ai envie d’amener les gens à vivre en conscience. En réfléchissant sur ce qu’ils ressentent. En remettant en question les chemins déjà tracés.

Je suis principalement une maman, ce n’est pas mon travail, c’est ma chance, mon cadeau. Et ce cadeau, ce trésor, je le partage en publiant mes lectures, mes connaissances, mes réflexions, mes idées avec d’autres qui ont à cœur le bien-être des enfants. Ce trésor, il me guide et m’inspire dans mon nouveau travail d’entrepreneure. Canopée, la nature de lenfance, notre entreprise, crée des jouets et accessoires ludiques et cognitifs pour enfants, tout en partageant idées et connaissances avec les parents, ce qui crée une magnifique communauté qui a à cœur le bien-être des enfants. Je fonde beaucoup d’espoir en cette compagnie pour faire une différence auprès des enfants, des parents et de la planète. J’ai envie d’éveiller les consciences. Pas sur un sujet en particulier, mais simplement d’amener les gens à vivre en conscience. En réfléchissant sur ce qu’ils ressentent. En remettant en question les chemins déjà tracés. Je me permets humblement d’être un rappel que la vie est précieuse et qu’on ne sait pas ce qui peut nous arriver. Il faut donc honorer cette vie en écoutant qui nous avons réellement envie d’être. Osons suivre notre propre voie. Ouvrons nos yeux, notre esprit, notre cœur pour que puissent naître des actions alignées à ce qu’on désire offrir au monde pour le rendre meilleur.

GRATITUDE

Merci à l’équipe médicale du CHUL sans qui mon petit n’aurait pu être créé ni réparé. (Dr Mathieu Leboeuf, Dr Frédéric Jacques, et Dr Philippe Chetaille que nous continuerons de voir jusqu’à ce que notre petit soit un adulte. Merci pour tout!
Merci à Hema-Québec et à tous ceux qui font des dons de sang. Sans vous, ni mon fils ni moi ne serions en vie. Merci à l’infirmière Geneviève qui était chez moi ce matin du 11 septembre.
Merci à l’équipe d’urgence du Chul et Dr Drouin qui m’ont sauvée ce même matin. Merci à Judith Lavigne pour son accompagnement tout particulier qui me permet de fleurir. Merci pour ton écoute, ton approche différente et ta bienveillance si précieuse. Ta présence a été essentielle.
Merci à Javier Rivera Leal qui m’a aidée à redonner de la force à mon corps et mon esprit. Merci pour ton approche différente, accueillante et chaleureuse. J’en avais vraiment besoin. Merci pour ton amitié!
Merci à mon meilleur coéquipier. Mon parfait équilibre entre la tête et le cœur. On est fort! Je t’aime Sim!
Merci à ma raison de vivre, celui pour qui je me suis accrochée à la vie. Le plus fort. Mon guerrier. Je t’aime Albert!
Merci à mon frère Tom, homme d’affaires hors du commun et homme de cœur sans qui Canopée ne pourrait exister! Sans oublier sa super et essentielle coordonnatrice Julie.
Merci à mes amis proches et ma famille avec qui je continue de grandir. Merci à mes parents toujours aussi aimants, présent et prês à me soutenir! Merci de m’avoir appris à suivre mon instinct.
À nous tous, nous faisons de ce monde un monde meilleur!